Léa Mounir, écrire avec le corps
Portrait d'une chorégraphe qui pense la mémoire du geste comme un langage politique.
Léa Mounir reçoit dans son studio à Rosny-sous-Bois, à dix minutes du métro. Murs noirs, sol clair, miroirs partout, une chaise au milieu. « Je ne pars jamais d'une idée, dit-elle. Je pars d'une posture, d'un poids, d'une direction du corps. »
Depuis dix ans, la chorégraphe explore ce qu'elle appelle « la mémoire du geste » : ce que les corps gardent en eux, sans qu'on le leur ait expressément appris, et qui ressurgit dans la répétition, la fatigue, l'écoute.
Sa nouvelle création, La Nuit des Corps, réunit douze interprètes du réseau Artistiquement Tous, certaines venues du chant choral, d'autres du théâtre. « Le mélange n'est pas un effet, c'est une méthode. »
Elle parle de chorégraphie comme d'une écriture lente. « Je passe plus de temps à regarder qu'à écrire. La danse arrive après. » Cette patience, on la sent dans son travail : peu de gestes, mais chacun chargé.
Quand on lui demande pourquoi le réseau, plutôt qu'une compagnie classique, elle hésite à peine. « J'ai besoin de gens qui ne dansent pas pour danser. Je ne veux pas d'un studio de virtuoses. Je veux des gens qui ont un autre métier dans le corps. »
