Malik Traoré : « Le jazz m'a appris à écouter les autres disciplines »
Compositeur et pianiste de jazz, Malik Traoré collabore depuis cinq ans avec des compagnies théâtrales. Il nous parle de l'écoute comme pratique artistique universelle.
Malik Traoré joue du piano depuis l'enfance, compose depuis l'adolescence, et travaille avec des compagnies théâtrales depuis que le jazz l'a appris à écouter. Il nous reçoit dans son studio du 18e, entre une partition annotée et une pile de textes de théâtre.
« Le jazz, fondamentalement, c'est une pratique collective fondée sur l'écoute. Tu ne peux pas improviser sans entendre ce que les autres font. Tu dois répondre, proposer, parfois te taire. Ce sont exactement les mêmes enjeux que dans une répétition théâtrale. »
Sa première collaboration avec une compagnie théâtrale s'est faite presque par hasard — une metteuse en scène cherchait un pianiste pour composer une musique originale, et quelqu'un lui a recommandé Malik. Il pensait passer quelques séances de studio. Il est resté six mois en répétition.
« Ce que j'ai découvert, c'est que le texte a un rythme. Pas un rythme abstrait — un rythme physique, que les acteurs portent dans leur corps. Si ma musique entre en conflit avec ce rythme, elle tue le texte. Si elle le soutient sans l'écraser, elle peut lui ouvrir des espaces que les mots seuls n'atteignent pas. »
Malik compose maintenant systématiquement en présence des répétitions. Il apporte rarement des compositions abouties — plutôt des matériaux, des motifs, des textures. La musique se construit avec le travail du plateau, en écho à ce qui se passe sur scène.
« Les acteurs m'ont appris quelque chose que mes professeurs de jazz n'avaient pas pu m'apprendre : la musique n'a pas besoin d'être là tout le temps. Le silence aussi est une composition. Et parfois, le silence que crée un moment de théâtre est plus fort que tout ce que je pourrais jouer. »
Il prépare actuellement la création musicale d'un spectacle sur la mémoire et l'exil, en collaboration avec la Compagnie du Temps Suspendu, dont la création est prévue à l'automne. Il cherche encore, dit-il, le bon silence.
