Camille Bertrand : « La danse est ma première langue, l'écriture ma seconde »
Danseuse contemporaine et poète, Camille Bertrand explore depuis dix ans les liens entre le mouvement et le texte. Rencontre avec une artiste qui refuse les frontières.
Camille Bertrand entre dans la salle de répétition avec un carnet sous le bras. Elle danse depuis l'âge de cinq ans, écrit depuis ses vingt ans. Pour elle, les deux ne se succèdent pas — ils coexistent, se fécondent, parfois s'opposent jusqu'à trouver un accord inattendu.
« La danse est ma première langue. Quand je cherche quelque chose que je ne sais pas encore nommer, mon corps se met en mouvement avant que ma tête trouve les mots. L'écriture arrive après, comme une traduction — mais une traduction libre, qui ne cherche pas à être fidèle, plutôt à prolonger. »
Camille a commencé à mêler les deux pratiques lors d'une résidence en 2019, dans un manoir du Perche. Elle avait demandé à participer à un atelier d'écriture tout en continuant ses répétitions chorégraphiques. Ce qu'elle pensait être une parenthèse est devenu le cœur de son travail.
« Au bout d'une semaine, je ne pouvais plus séparer les deux. Je lisais mes textes à voix haute et mon corps répondait. Je dansais et des phrases surgissaient. C'est là que j'ai compris : il n'y avait pas deux pratiques, il y en avait une seule, qui cherchait son langage propre. »
Sa dernière création, *Lisières*, mêle conférence dansée et lecture performée. Sur scène, Camille alterne entre des passages choreographiés et des fragments de texte qu'elle lit — ou dit — tout en bougeant. Le résultat défie les catégories, et c'est précisément son intention.
« Je refuse qu'on me demande si c'est du théâtre, de la danse ou de la littérature. Si tu as besoin de mettre une étiquette pour entrer dans l'œuvre, c'est peut-être l'étiquette qu'il faut remettre en question, pas l'œuvre. »
Camille est membre d'Artistiquement Tous depuis 2022. Elle y a trouvé, dit-elle, la première communauté où personne ne lui a demandé de choisir.
